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Dans un contexte climatique toujours plus oppressant, particuliers comme entreprises sont à la recherche de moyens innovants et renouvelables de créer de l’énergie. Ainsi, certains procédés artisanaux reviennent sur le devant de la scène afin de satisfaire les besoins énergétiques de l’Homme. Valoriser ses déchets pour en faire une source d’énergie semble sur le papier une excellente idée. Qu’en est-il dans les faits ?

Le chauffage direct : une méthode pas si nouvelle

Vous en avez sûrement déjà entendu parler, le compost est un ensemble de déchets organiques et végétaux, qui, quand on le met en contact avec certaines bactéries et champignons, va se dégrader et libérer au cours de ce processus une chaleur qu’il est possible d’utiliser comme ressource. En règle générale, le compost sert à augmenter la fertilité des terres, mais comme nous allons le voir, il peut également être une importante source d’énergie.

Pourtant, cette manière d’utiliser le compost comme matériau de chauffage ne date pas d’hier. On attribue l’invention de ce procédé à un français du nom de Jean Pain, qui l’aurait mise au point au cours des années 70. Grâce à des plateformes comme YouTube, beaucoup de personnes désireuses de réduire leur consommation d’énergie, ou bien de vivre de manière plus écologique, l’adoptent.

Afin d’utiliser le compost comme matériau de chauffage, il vous faudra dans un premier temps récupérer les déchets organiques de votre maison et de votre jardin si vous en avez un, et les entreposer dans un bac avec couvercle, mais  sans fond afin que la matière touche le sol. Au contact de l’oxygène, des bactéries et des champignons vont se former et faire se dégrader le tout pour donner le compost dont vous avez besoin. 

Le compost devrait est prêt à l’utilisation au bout d’à peu près 4 à 6 mois, mais vous pouvez accélérer ce processus en ajoutant du purin d’orties, ou du crottin animal récupéré dans une ferme, par exemple. La température au cœur du compost augmente jusqu’à 50 à 70°C au fur et à mesure de la décomposition.

Maintenant que le compost et prêt, il vous suffit de faire passer sous le couvercle (ou la bâche) le tuyau dans lequel passe votre eau, et celle-ci sera immédiatement chauffée. Vous pouvez également vous servir de cette technique pour garder vos plantes, légumes et fruits au chaud durant l’hiver dans une serre.

Avantages et inconvénients

Se chauffer au compost présente de nombreux avantages, mais également des inconvénients. Les principaux avantages sont déjà cités ci-dessus : une façon écologique de se chauffer, à partir d’une matière première qui ne vous coûtera rien, tout en participant efficacement au tri de vos déchets. Grâce à cette méthode, vous prenez un pas de plus dans l’idéal d’une maisons autonome dans sa consommation d’énergie.

Cependant, quelques inconvénients viennent nuancer le tableau de cette technique presque parfaite. En effet, on peut tout d’abord pointer du doigt le fait qu’en chauffant l’eau de cette manière, cette dernière sera très chaude au début, puis que sa température descendra progressivement, jusqu’à redevenir complètement froide, et ce, a des intervalles que l’on ne peut pas vraiment quantifier.

Deuxième bémol, l’entretien du compost. Vous devrez veillez sur votre tas de déchets toutes les 3 à 4 semaines, et, une fois la décomposition organique terminée, il faudra tout jeter et recommencer. Considérant les énormes quantités de compost nécessaire pour la mise en place du dispositif, cela pourrait rapidement s’avérer fastidieux, et ce sera à vous de décider si l’investissement en vaut la peine.

Outre le compost, il existe également d’autres manières de se chauffer à partir des déchets issus de la vie humaine. Les excréments par exemple, serait une énorme source d’énergie encore largement sous exploitée. On pourrait, grâce à elle chauffer environ 180 millions de foyers dans le monde .

La méthode indirecte : se chauffer aux excréments ?  

Cela vous paraît peut-être surprenant, mais les excréments sont en effet une source d’énergie très prometteuse. Les scientifiques estiment que nos déjections, en se décomposant, produiraient 60% de méthane, que l’on pourrait utiliser afin du créer du biogaz. Ce biogaz pourrait, s’il était exploité dépasser la valeur actuelle du gaz et naturel, et se chiffrer à plus de 8,7 milliards d’euros.

Selon les estimations de l’Institute for Water, Environment & Health, si l’on recueillait les excréments des personnes n’ayant pas accès à des toilettes, il y aurait de quoi générer de 184 à 345 milliards d’euros par an de biogaz. Avec cette production, il serait possible d’alimenter en énergie environ 180 millions de foyers n’étant reliés à aucun réseau électrique à ce jour.

L’autre avantage des excréments en tant que matière première : une fois séchés et carbonisés, la matière que l’on obtient pourrait servir à remplacer le charbon dans les chaudières. Ici encore, on estime que l’on pourrait entre 4,8 et 8,5 million de tonnes en traitant cette matière première, ce qui pourrait permettre à des personnes sans accès au gaz d’en profiter, tout en minimisant les impacts que cela pourrait avoir sur l’environnement.

Ce genre de projets est déjà mis en place en France ainsi que dans la reste de l’Europe. Ainsi, dans la ville de Strasbourg, la communauté urbaine valorise les déchets des stations de traitement d’eaux usées pour créer du biogaz et ainsi alimenter en énergie 5 000 foyers. Autre exemple à Stockholm, où toute la flotte de bus urbaine est alimenté par ce type de biogaz.